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APPEL À COMMUNICATION

APPEL À COMMUNICATION

Olivier Maheo
Pauline PERETZ

RACONTER, EXPOSER ET COMMÉMORER L'HISTOIRE DES MINORITÉS AUX ÉTATS-UNIS. LES MUSÉES ET SITES HISTORIQUES ÉTATS-UNIENS ET LES RÉCITS MINORITAIRES

Journée d’étude organisée par l’Institut d’Histoire du Temps Présent, UMR 8244, le vendredi 10 décembre 2021

 

Les perspectives critiques ont participé au développement des recherches en histoire sur le fait minoritaire, qui peut être approché de deux manières : d’une part du point de vue de la domination qui s’exerce, d’autre part du point de vue des expériences des membres de la minorité (Chassain et al., 2016). Un colloque en sciences sociales posait ainsi la question de savoir si « L'histoire des minorités est une histoire marginale ? » (Laithier et al., 2008). Le terme polysémique de « minorité » prend sur le sol étatsunien le sens de minorités ethnoraciales, que lui a donné l’histoire de son peuplement au travers des migrations successives de populations diverses. Il implique l’inclusion dans un tout national, mais renvoie aussi à un statut subalterne, éventuellement cible de discriminations et d’exclusions diverses. A côté du roman national qui participe à la construction d’une « communauté imaginaire », de multiples récits minoritaires subsistent, qu’ils soient inclus comme un aspect du tout, ou bien qu’ils proposent une histoire parallèle, voire opposée (Anderson, 1986). Le roman national n’exclut pas nécessairement les narrations minoritaires, mais il implique différentes formes d’exclusions et d’oublis, dont Benedict Anderson a montré comment ils participaient de la construction d’un « fratricide rassurant » (Anderson, 1986 ; Mylonas, 2013). Nous souhaitons interroger la manière dont différentes minorités ont voulu intégrer leur histoire particulière au récit national, corriger ce dernier, le contester, voire s’en séparer en revendiquant la réappropriation de son histoire autonome.
Les récits minoritaires mobilisent des mémoires collectives spécifiques, des processus de patrimonialisation et différentes médiations de l’histoire, notamment dans les cadres scolaires, médiatiques.  Nous proposons de nous concentrer sur une de leurs formes concrètes, à savoir les musées et les sites patrimoniaux. Ceux-ci sont en effet au centre d’enjeux politiques et historiographiques dans la manière dont ils articulent, ou pas, le récit des minorités et le récit national. Les plus grands musées focalisent de ce point de vue l’attention : à Washington les musées prestigieux de la Smithsonian Institution se succèdent sur le National Mall : National Museum of American History, National Museum of the American Indian, fondé en 1989 et National Museum of African American History and Culture, ouvert en septembre 2016. Le 21 décembre 2020 le Congrès vient de voter la Smithsonian Women’s History Act qui autorise le lancement d’un musée national des femmes, dont le projet remonte à 1998, et d’un National Museum of the American Latino, proposé lui dès 1994. Ces institutions sont certes les plus visibles, mais elles ne doivent pas faire oublier des structures plus petites, dont les origines et les dynamiques peuvent être des plus diverses.
L’événement scientifique que nous vous soumettons propose d’explorer ces questions sous différents angles et par différentes approches disciplinaires du champ des sciences sociales. La question de la médiation de l’histoire, ici abordée par le prisme des institutions muséales et des sites patrimoniaux, de même que l’articulation entre passé et présent, seront au centre de cet événement. Les pistes de recherche que nous proposons ci-dessous ne prétendent pas épuiser le sujet, et toutes les propositions de communication seront étudiées.

Nous souhaitons interroger les débats soulevés autour des musées et des sites patrimoniaux américains (répertoriés par exemple en tant que Parcs Nationaux), et éclairer la manière dont ces institutions ont été l’enjeu de batailles mémorielles, politiques, urbanistiques. C’est le cas alors qu’ils ne sont encore que des projets, comme lors de leur fondation ou par la suite lorsqu’ils développent des politiques muséales et patrimoniales. Une démarche qui interroge la relation de ces institutions avec les espaces dans lesquels ils s’insèrent est aussi envisageable, afin de prendre en compte la manière dont les mémoires collectives s’inscrivent dans l’espace. Ainsi la tradition des fresques (murals) qui couvrent certains murs, particulièrement dans les quartiers hispaniques peut aussi être évoquée, alors que leurs thèmes sont très souvent historico-politiques.  A ce titre les jeux d’échelle et l’articulation entre des lieux, des territoires et différents espaces pourrait aussi être une approche intéressante.
 Une attention particulière peut-être apportée aux discours développés par ces institutions quant à leurs objectifs, qu’il s’agisse de la volonté affirmée d’intégrer le récit minoritaire au grand récit national, de le corriger, ou de le contester et de revendiquer la réappropriation de sa propre histoire autonome. De même les formes que prennent ces tentatives, que ce soit dans la politique de collection, dans les expositions proposées ou dans la démarche envers le public, peuvent être éclairées. Il est possible d’interroger la façon dont la minorité est construite dans une représentation mémorielle cohérente, qui peut dans le même temps faire l’impasse sur les clivages sociaux, genrés, spatiaux ou générationnels qui risqueraient de mettre en péril l’affirmation du groupe minoritaire. La popularité des dispositifs qui proposent des reconstitutions historiques, avec acteurs en costumes, activités proposées au public et scènes historiques jouées peut aussi faire l’objet d’une réflexion.
Il est enfin possible d’interroger la diversité des formes de récits proposés par ces musées, de leurs approches et de leurs collections. Certains, proposent une histoire polyphonique qui met l’accent sur la multiplicité des récits, tel le Musée National de l’Immigration d’Ellis Island, tandis que d’autres suivent un récit plus linéaire, voire téléologique tel le National Museum of American History. Ce musée a toutefois abrité en 1987 une exposition à propos d’un épisode dramatique, l’internement des japonais-américains à partir de 1942. Ailleurs certains sites historiques sont mis en valeur au travers d’une mise en scène, tel Harper’s Ferry, aujourd’hui en Virginie Occidentale, autour du coup de main militaire mené par l’abolitionniste radical John Brown en 1859. Une approche typologique peut être envisagée.

PROPOSITION:
 Nous encourageons les chercheur.se.s de différents champs disciplinaires rattachés aux sciences humaines et sociales (histoire, histoire de l’art, civilisation, sociologie) à soumettre des propositions pour des communications en français ou en anglais.
Merci d’adresser votre proposition (environ 500 mots), en anglais ou en français, éventuellement accompagnée d’images, ainsi qu’une brève biographie, pour le 15 septembre 2021 à cette adresse : contact
Nom, prénom, institution de rattachement, adresse mail, et une liste de mots clés. Vous présenterez la problématique en rapport avec le titre annoncé, l’ancrage scientifique et conceptuel dans lequel vous vous situez et la méthodologie adoptée. Vous proposerez, après le résumé.
Calendrier
Date de soumission : 15 septembre 2021
Notification de sélection : 30 septembre 2021
Date de la journée d’étude : Vendredi 10 décembre 2021
Lieu : Campus Condorcet, à préciser
 
Comité organisateur : Olivier Maheo (IHTP), Pauline Peretz (IHTP), Sarah Frioux-Salgas (musée du quai Branly – Jacques Chirac).